Alexia Rival

C’est l’odeur de thé qui m’a guidé jusqu’à chez Alexia. Je sonne à la porte et elle m’ouvre emmi­tou­flée jusqu’aux oreilles dans un plaid en pilou. Elle m’in­vite à m’as­seoir dans son canapé et me propose des langues de chat, des biscuits aux amandes, des lunettes à la confi­ture, des rochers cocos, des sablés au citron, des boudoirs et des ciga­rettes russes pour accom­pa­gner le thé tchai qu’elle nous sert dans des mugs floqués “Je suis une bonne impro­vi­sa­trice”.

Alexia Rival Lyon Improvisation Impro Comptoir Imaginaire
Photo réali­­­­­sée par Julien Emma­­­­­nuel (inspiré par Thomas O’Brien)

[I] Bonjour Alexia, comment vas-tu ?
[A] Bien bien, je suis sur mon canapé avec une tasse de thé, je suis zen et relax.
[I] Alors dis-moi, C’est quoi ta première expé­rience de scène ?
[A] [bois une gorgée de thé] C’était il y a déjà 7 ans, pour une pièce de fin d’an­née de cours de théâtre. La pièce était écrite par notre prof et on jouait des person­nages de jeux vidéos après un bug, j’étais la prin­cesse Peach, j’ai cher­ché Mario avec Lara Croft, des Poke­mon et un Sim … C’était vrai­ment très drôle, avec des parte­naires en or. Pour une première c’était vrai­ment idéal. Et cerise sur le gâteau, avoir joué la prin­cesse Peach ça aide à draguer des geeks à mous­tache, et ça donne des idées de duo 2.0 [regard mali­cieux]
[I] Euh oui j’ai une mous­tache mais je ne suis pas geek, on se calme … Et comment on passe de Peach à l’im­pro ?
[A] Au bout de 2 ans de théâtre j’ai fait un stage décou­verte de l’im­pro. Ça a semé une petite graine mais j’avais encore envie d’ex­plo­rer le théâtre plus clas­sique, je ne me sentais pas encore assez en confiance pour l’im­pro. C’est diffi­cile à croire quand on me voit aujourd’­hui mais au départ, j’ai fait du théâtre parce que j’étais timide et pas sûre de moi, donc l’im­pro c’était encore trop pour moi. J’ai donc commencé l’an­née d’après, en 2014, et ça a été le coup de foudre, tout est allé très vite, j’ai enchaîné les stages et les rencontres, un pur bonheur !
[I] La rencontre avec le Comp­toir de l’Ima­gi­naire aussi c’est du bonheur ?
[A] Inté­grer le Comp­toir, c’est un peu le résul­tat de toutes ces rencontres (catch, Calice, 14h d’im­pro de la TTI …). Cette troupe, c’est la jeunesse, la fougue, une éner­gie débor­dante ! Je sais que ça ne se voit pas mais je suis quasi­ment la doyenne de la troupe, et ça fait du bien d’être immer­gée dans ce groupe. Un peu comme un élixir de jouvence [rire]
[I] Non je confirme ça ne se voit pas. Qu’est-ce que tu aimes parti­cu­liè­re­ment dans Et Si ?
[A] Ah ! Et si ! J’adoooore ce concept ! Le mélange de scènes courtes et d’une histoire plus longue, ça me permet de jouer sur diffé­rents tableaux et j’adore ça, ça permet d’ex­ploi­ter toutes ses facettes c’est très épanouis­sant. Cerise sur le gâteau (oui j’uti­lise beau­coup cette expres­sion désuète, désuet est lui même un mot désuet, j’as­sume mon côté old school), à travers les univers qu’on crée, il arrive très souvent qu’on fasse émer­ger des sujets de société. Et on dirait pas comme ça, mais je suis très enga­gée, notam­ment contre les injus­tices. Et contre la guerre aussi mais c’est une forme d’injus­tice.

Alexia Rival Lyon Improvisation Impro Comptoir Imaginaire
Photo réali­­­­­sée par Julien Emma­­­­­nuel au Point Nommé

[I] Oui je pense que personne ne te contre­dira. Et si tu devais propo­ser un Et si ce serait quoi et pourquoi ?
[A] Et si on avait un revenu univer­sel de base ? C’est plutôt une propo­si­tion de nouveau système écono­mique qu’une vraie propo­si­tion de spec­tacle. Et c’est un ques­tion­ne­ment très person­nel parce que je prend de mon temps pour répondre à cette inter­view, donc je ne gagne pas d’argent pendant ce temps. Et ça rejoint ma lutte contre les injus­tices. Bim, je fais des liens de ouf entre mes réponses !
[I] Super, merci de faire mon taf [rires]. Deuxième format, Time­line, qu’est-ce que tu aimes parti­cu­liè­re­ment dans Time­line ?
[A] Time­line permet une explo­ra­tion de person­nages face à de grands chan­ge­ments de l’his­toire. Encore une fois, on peut y faire la critique de notre propre système, de nos propres failles d’être humain. C’est l’oc­ca­sion de se deman­der ce qu’on aurait fait dans des situa­tions comme l’Oc­cu­pa­tion. Moi par exemple, j’au­rai été collabo. On dirait pas comme ça mais je suis très lâche.
[I] Est-ce qu’il y a une époque qui te passionne parti­cu­liè­re­ment ?
[A] J’aime beau­coup le côté ésoté­rique du moyen âge mais en tant que femme, on m’au­rait envoyée au bûcher. L’an­tiquité grecque est très sympa. J’aime beau­coup leur mytho­lo­gie mais pareil, ça doit pas être confort d’être une femme à cette époque. À moins d’être une déesse … On pour­rait aussi aller dans le futur et voir si les femmes y sont mieux trai­tées. On dirait pas comme ça, mais je suis fémi­niste. Parce que c’est une forme d’injus­tice et que j’aime pas les injus­tices.
[I] Troi­sième et dernier format, qu’est-ce que tu aimes parti­cu­liè­re­ment dans Direc­tors ?
[A] Pour moi c’est un peu plus compliqué. Quand je joue, je vis la scène je ne me pose pas de ques­tion, encore moins quand quelqu’un la dirige. Mais être à l’ex­té­rieur de la scène et la diri­ger, c’est nouveau pour moi et c’est un vrai chal­lenge. On dirait pas comme ça, mais j’adore les chal­lenges, donc c’est un vrai bonheur de jouer ce spec­tacle et d’ex­plo­rer cette nouvelle facette de l’im­pro­vi­sa­tion.
[I] As-tu un réali­sa­teur préféré, qui t’ins­pire ?
[A] J’aime beau­coup Klapisch et ses films chorale. Une succes­sion de petites histoires qui forment un plus grand tableau avec un fil conduc­teur qui se dessine. Je trouve ça très fort. J’aime aussi beau­coup les films (et séries ❤) de Joss Wedon. Il a une capa­cité incroyable à faire exis­ter un groupe et les diffé­rentes rela­tions qui le sous tendent. Le groupe est un person­nage à lui tout seul et je trouve ça très beau. Bon, je suis plus sensible à l’écri­ture qu’à la réali­sa­tion à propre­ment parler…
[I] Et t’au­rais aimé jouer un de ces rôles ?
[A] Mais carré­ment ! Buffy par exemple, ou River dans Fire­fox. On dirait pas comme ça, mais j’ado­re­rai me battre comme ces meufs [boit du thé].

Alexia Rival Lyon Improvisation Impro Comptoir Imaginaire
Photo réali­­­­­sée par Julien Emma­­­­­nuel

[I] Bon, entre nous, si tu devais choi­sir un seul de ces trois concepts, ce serait lequel ?
[A] Et si.
[I] Ah ben au moins c’est clair !
[A] Parce qu’il n’y a pas à choi­sir entre forme courte ou longue. Parce qu’on peut y affi­cher ses enga­ge­ments. Parce que j’aime bien les univers paral­lèles diffé­rents mais pas tant que ça.
[I] Allez, dernière ques­tion sérieuse après j’ar­rête de reprendre des gâteaux [rires] , c’est quoi tes envies du moment en impro ?
[A] J’ai très envie de lâcher prise (ou lais­ser faire comme le dit Nabla dans son livre la fabu­leuse science de l’im­prévu #place­ment­de­pro­duit) et de m’amu­ser. J’ai envie de conti­nuer à explo­rer les formats qu’on joue, à essayer de se lais­ser encore plus porter par l’im­prévu et la spon­ta­néité.
[I] Une lecture que je recom­mande aussi ! Un petit mot pour la fin, une réso­lu­tion pour 2019 ?
[A] Ma réso­lu­tion c’est de réduire encore plus mon empreinte écolo­gique. Ah oui, on dirait pas comme ça mais j’aime la nature ! Bonne année ! [trinque avec sa tasse de thé]
[I] Je t’en­cou­rage à 200% ! Hé ben écoute Alexia, merci pour ce moment passé en ta compa­gnie ! Non c’est bon je veux pas reprendre des biscuits, non je veux pas non plus un ther­mos de thé, oui, non bien vrai, merci pour tout en tout cas !

C’est fina­le­ment les poches remplies de biscuits que je sors de chez Alexia. Le soleil brille désor­mais dans le ciel lyon­nais, il fait trop chaud pour mon imper, je le mets sur mon épaule et je sors de ce hall d’im­meuble que je vais retrou­ver bien vite si j’en crois ma feuille de route …