Bastien Guirau­dou

Avant même que je toque, la porte s’ouvre. Un jeune homme à lunettes me dévi­sage puis s’écarte pour me lais­ser entrer. Il verrouille la porte derrière moi puis m’ac­com­pagne jusqu’au salon où il me fait signe de m’as­seoir. Il porte un pull en laine qui lui donne l’air âgé et pour­tant, ma fiche me confirme que je suis bien chez le plus jeune membre de la troupe, Bastien Guirau­dou.

Bastien Guiraudou Lyon Improvisation Impro Comptoir Imaginaire
Photo réali­­­­sée par Julien Emma­­­­nuel

[I] Bon, alors on va commen­cer, comment ça va ?
[B] Fort bien fort bien, je viens de prendre un thé accom­pa­gné de déli­cieux gâteaux normands.
[I] Oh ! Il en reste ?
[B] Non. [silence] C’est con, ils étaient très bons.
[I] … J’ima­gine … Qu’est-ce que ça fait d’être le benja­min de la troupe ?
[B] Rien à voir je suis le Bastien de la troupe, une bonne fois pour toutes NOUS SOMMES DES INDIVIDUS DIFFÉRENTS vidvocjxn­xknb,dpf
[I] Et pour­tant on n’ar­rête pas de vous confondre, ça doit être dur à vivre ! Un peu comme si quelqu’un dégus­tait devant vous une assiette de déli­cieux gâteaux normands sans vous en propo­ser alors que vous n’avez pas eu le temps de déjeu­ner …
[B] … C’est Benja­min qui aime les méta­phores …
[I] Bref, trêve de gâteaux normands (gargouillis d’es­to­mac), parlons de ta pire honte, je veux dire, de ta toute première scène ?
[B] La première fois, j’étais en sixième, j’avais 12 ans donc, c’était dans le cadre d’un spec­tacle dans mon collège. J’avais joué deux petits sketchs que je trou­vais bien rigo­los à l’époque. J’en étais assez content mais je suppose qu’en regar­dant ça aujourd’­hui ce serait pas pareil …
[I] Et si je te disais que j’ai retrouvé une vidéo de tout ça ?
[B] HAHA, c’est faux
[I] Non, c’est vrai !
[B] Tu bluffes Martoni !
[I] Je m’ap­pelle pas Martoni, je suis le gentil Inter­vie­weur ! Bon. Et OK, je bluffes, je n’ai pas ENCORE trouvé cette vidéo (rires). En tout cas tu as de la répar­tie, c’est l’im­pro qui t’as appris ça ou tu as toujours eu cette verve ? D’ailleurs ça t’es venu comment de t’y mettre à l’im­pro ?
[B] Euh… j’ai vu un spec­tacle je crois, ça devait être un catch, et j’ai voulu en faire. Et ça tombait bien, y’avait une troupe dans mon école !
[I] C’est un peu bateau ça comme origin story, nan ? (rires) Je plai­sante, allez, c’est quoi pour toi le Comp­toir de l’Ima­gi­naire ?
[B] C’est avant tout des amis, une belleuh bandeuh de copaings. On rigole et on fait de l’im­pro assez sympa.

Bastien Guiraudou Lyon Improvisation Impro Comptoir Imaginaire
Photo réali­­­­sée par Julien Emma­­­­nuel au Point Nommé

[I] On vient de passer de la Norman­die à la région PACA, on sent que tu as énor­mé­ment d’in­fluences cultu­relles. Influences que tu mets au service de la scène, par exemple dans Et Si ?
[B] Oh la tran­si­tion subtile ! J’aime beau­coup Et Si. Inven­ter des mondes complè­te­ment déli­rants et les rendre crédibles le temps d’une histoire ça me plaît.
[I] Clair et concis, j’au­rais pas beau­coup de retrans­crip­tion à faire ! (rires) Y a un Et Si que tu rêve­rais de jouer ?
[B] Et si il n’y avait que les enfants qui avaient le droit de vote. J’ai­me­rais beau­coup voir tout le monde essayer de séduire les enfants pour se faire élire, en essayant quand même de faire des vrais propo­si­tions. Ou de voir le popu­lisme pour enfant.
[I] Un monde terri­fiant et en même temps très rigolo ! Et dans Time­line, qu’est-ce qui te fait vibrer ?
[B] Hum, comme pour Et Si je pense, faire une histoire crédible dans un univers qui n’est fina­le­ment pas le nôtre.
[I] T’es un garçon constant, c’est bien ! Y a une époque qui te passionne parti­cu­liè­re­ment ?
[B] Toutes les époques où peuvent figu­rer des bons méchants. Donc à peu près toutes en fait. La seconde guerre mondiale, la guerre froide, l’époque western, etc..
[I] Et tu aurais aimé y vivre ou non ?
[B] Je ne crois pas non… Je survi­vrais pas trop long­temps en milieu hostile.
[I] Ah ben c’est sûr que y a pas de gâteaux normands dans ces époques-là… Mais si jamais, je viens d’ache­ter une Delo­rean sur Le bon coin, si jamais hein.
[B] Sur le budget du comp­toir ?
[I] Euh … Troi­sième et dernier format, lalala, qu’est-ce que tu penses de Direc­tors ?
[B] J’aime me faire diri­ger et jouer des choses que je ne ferais pas moi-même, diri­ger et voir ou le mélange de mon univers et celui des comé­diens nous emmène. On est amenés à faire des choses qu’on aurait jamais fait seul, et nos histoires prennent des direc­tions insoupçon­nées.
[I] Ah ben comme moi avec les inter­views, j’ai mon cane­vas et en même temps, j’aime me lais­ser surprendre par les gens que j’in­ter­roge. Par exemple, qui aurait cru qu’on parle­rait autant de gâteaux normands ? Hum ? Bref, euh, ah oui, toi qui es grand fan de cinéma, c’est qui ton réal préféré ?
[B] Taran­tino évidem­ment, ou les frères Coen, pour leurs scènes de suspens incroyables, et leurs histoires à la fois très simples et très compliquées, avec des person­nages très forts.

Bastien Guiraudou Lyon Improvisation Impro Comptoir Imaginaire
Photo réali­­­­sée par Julien Emma­­­­nuel

[I] Je parie que t’au­rais kiffé jouer un de ces rôles ?
[B] OUI. BEAUCOUP. DONNEZ MOI LEUR 06 WALLAH
[I] OUI ET BEN MOI J’AURAIS BIEN AIMÉ AVOIR DES GÂTEAUX NORMANDS ET DANS LA VIE ON N’A PAS TOUJOURS CE QU’ON VEUT ! (silence gêné) Pardon, euh, je suis sûr que tu t’en serais bien sorti.
[B] A moi l’os­car.
[I] Et le melon.
[B] Quoi ?
[I] Qu’est-ce que ce serait ton concept préféré des trois ?
[B] Et Si ! C’est le plus origi­nal des trois pour moi, au vu de ce que je joue à côté. Et puis c’est un peu notre spec­tacle fonda­teur <3
[I] C’est mignooooon. Allez, dernière ques­tion sérieuse après je vais manger, c’est quoi tes envies du moment en impro ? Et en exclu, si tu devais créer un nouveau concept là tout de suite avec le Comp­toir, ce serait quoi le point de départ ?
[B] Euuuuuuh. L’alexan­drin. Allez hop. Non je déconne, proba­ble­ment le meurtre et comment on en arrive là, c’est à dire qu’est-ce qui peut pous­ser quelqu’un au delà de cette limite. La jalou­sie, l’amour, des ques­tions d’In­ter­vie­weur trop pres­santes …
[I] Euuuuuh, je vais y aller moi, déso d’avoir insisté pour les gâteaux, c’est par là la sortie ?
[B] Tu dois pas me poser une ques­tion sur mes réso­lu­tions pour 2019 ?
[I] Non non, c’est bon, c’est fini, pourquoi cette porte s’ouvre pas ?!
[B] Mais si regarde c’est écrit sur ton cale­pin : “j’ai passé un excellent moment en ta compa­gnie …”
[I] Hahaha, hé ben oui, c’est vrai, moi aussi, salut !
[B] Un petit mot pour la fin, une réso­lu­tion pour 2019 ?
[I] Me barrer d’ici vivant !
[B] (ouvre la porte)
[I] (s’en­fuit en courant)
[B] Tchuss.

Je m’ar­rête de courir trois pâtés de maison plus loin pour reprendre mon souffle. J’ai toujours faim mais je suis en vie. L’air frais de l’hi­ver me brûle les poumons. Mon rythme cardiaque se calme peu à peu quand soudain une main se pose sur mon épaule. Je hurle de toutes mes forces et fait volte-face pour me retrou­ver nez à nez avec le prochain impro­vi­sa­teur. Tintin­tiiiiiiiiin, suspense !