Benja­min Caume

Après une bonne heure de vélo, me voilà arrivé à desti­na­tion. Je rentre dans l’im­mense bâti­ment pour décou­vrir un entre­pôt recon­verti en tram­po­line park. Au milieu des enfants, je recon­nais tout de suite mon inter­lo­cu­teur à son costume de T-Rex. M’aper­ce­vant, il me fait un signe de sa toute petite patoune et bondit jusqu’à moi avec dexté­rité. Nous nous instal­lons à la buvette de l’éta­blis­se­ment pour échan­ger.

Benjamin Caume Lyon Improvisation Impro Comptoir Imaginaire
Photo réali­­­­­­­sée par Julien Emma­­­­­­­nuel (inspiré par Thomas O’Brien)

[I] Salut Ben ! Comment ça va ? Tu te sens à l’aise dans ce costume de T-Rex ?
[B] Oui, plutôt (rires)
[I] Tant mieux parce qu’on est là pour un petit moment (rires). Ben tu es quelqu’un de très enthou­siaste et passionné, raconte nous d’où te sont venus cette passion et cet enthou­siasme pour l’im­pro ; c’était quoi ta première scène ?
[B] C’était le petit spec­tacle que l’on avait monté pour nos parents pendant l’été au centre où j’étais. Je devais avoir 5 ou 6 ans maxi­mum et je faisais une chorée sur scène déguisé en kangou­rou (impos­sible de me rappe­ler pourquoi), complè­te­ment en stress avec l’ani­ma­trice à côté nous suppliant de nous concen­trer et défi­ni­ti­ve­ment à bout de nerfs, le tout sur une musique du groupe Super­tramp (Lady) qui devien­dra quelques années plus tard mon groupe préféré. Le plus drôle c’est que le nœud de ficelle ratta­chant toutes les pièces de mon costume s’est défait au milieu de la danse… Petit Ben et la panique de la scène : chapitre 1.
[I] Ok, je vais passer les six prochains mois de ma vie à cher­cher une vidéo de cet instant (rires). Et donc, comment on passe du dégui­se­ment de kangou­rou au costume de T-Rex ?
[B] En se chan­geant ?
[I] Ah, euh, oui, je voulais dire, comment tu es passé du théâtre à l’im­pro ?
[B] C’est ma mère qui voulait me mettre au théâtre pour que je puisse m’épa­nouir et perdre mon côté intro­verti (ce qui a plutôt très bien marché, merci maman <3). Au début je ne connais­sais que l’im­pro en tant que méthode de travail pour un comé­dien clas­sique, et c’est une fois arrivé à l’INSA que j’ai décou­vert l’im­pro comme disci­pline à part entière : l’im­pro de spec­tacle !
[I] D’ac­cord ! Donc tu découvres l’im­pro, ça te plaît et puis un jour, boum ! Tu intègres le Comp­toir de l’Ima­gi­naire ! Que repré­sente cette troupe pour toi ?
[B] Elle repré­sente la fin de la partie « Décou­verte émer­veillée » de l’im­pro et le début de la phase « Amélio­ra­tion et appro­fon­dis­se­ment ». Le Comp­toir repré­sen­tait l’op­por­tu­nité ines­pé­rée de m’en­tou­rer d’amis ayant la même volonté que moi : conso­li­der notre niveau d’im­pro et « profes­sion­na­li­ser » nos spec­tacles. Bref, une bande d’amis qui conti­nue à apprendre ensemble, tirant profit des quali­tés de chacun !
[I] C’est beau ce que tu dis ! Du coup j’ai très envie de savoir si tu parles aussi bien de vos concepts (rires) qu’est-ce qui fait vibrer ton cœur de T-Rex dans Et Si ?
[B] Créer de jolies histoires, réin­ven­ter le monde, surprendre le public. Par dessus tout peut-être faire parti­ci­per le public, l’in­clure dans le spec­tacle. On découvre ce nouveau monde en même temps que lui et on est tout aussi excité de mettre les pieds dans cet univers paral­lèle ! D’au­tant plus que c’est le public qui nous propose cet univers paral­lèle et nous qui lui donnons vie sous ses yeux atten­tifs.
[I] Et si tu étais dans le public, tu propo­se­rais quoi comme univers paral­lèle ?
[B] Et Si l’hu­ma­nité avait réussi à se connec­ter, à se rassem­bler par un autre moyen que par l’argent. Je parle d’un monde où il n’est pas ques­tion de produire quelque-chose pour le vendre, où il n’est pas possible de s’en­ri­chir, où il n’y a tout simple­ment pas d’argent et où les seules choses produites sont vita­les… Mais ça serait très compliqué à jouer haha.
[I] Hé ben c’est parti, t’as une heure !
[B] (livide) Petit Ben et la panique de la scène : chapitre 463.

Benjamin Caume Lyon Improvisation Impro Comptoir Imaginaire
Photo réali­­­­­­­sée par Julien Emma­­­­­­­nuel au Point Nommé

[I] Hahaha, bien répondu, c’est bon je te char­rie. On passe à Time­line ? Qu’est-ce qui te fait agiter tes petits bras de T-Rex dans ce format ?
[B] Révi­ser mes cours d’His­toire (rires). Non mais sérieu­se­ment voya­ger dans une époque et m’im­po­ser des contraintes fortes. Norma­le­ment j’aime bien jouer dans ma zone de confort, à notre époque, etc. Ce concept me permet de me sortir un peu de tout ça et d’ex­plo­rer d’autres époques, d’autres lieux, où je ne serai pas allé norma­le­ment ! Ce que j’aime surtout dans ce format c’est qu’on a l’im­pres­sion de prendre de la hauteur sur l’his­toire de l’Hu­ma­nité et de pouvoir d’un coup zoomer très fort non seule­ment sur une époque et sur un lieu mais aussi sur la vie d’un person­nage que le temps a effacé et dont les aven­tures resur­gissent ici sur scène le temps d’un spec­tacle.
[I] Déci­dé­ment t’au­rais ta place dans la team comm ! Tu devrais faire les inter­views qui restent à ma place ! (rires) Allez, restons sérieux, est-ce qu’il y a une époque qui te passionne parti­cu­liè­re­ment ?
[B] Je suis du genre à dire : « Ohlala la musique aujourd’­hui c’est vrai­ment pas terrible j’au­rais aimé vivre dans les années 60 ou 70 pour être bercé par les voix chaudes et puis­santes de la soul puis émer­veillé par le déve­lop­pe­ment du rock sous tous ses aspects ». Mais fina­le­ment je suis telle­ment pas dans le conflit que si j’avais vécu à cette époque j’au­rai sûre­ment détesté le rock ^^ Alors c’est notre époque qui me fascine. Notam­ment grâce aux progrès sociaux effec­tués. La puis­sance de la tech­no­lo­gie à notre dispo­si­tion, l’hy­giène de vie, etc. Il faut que j’ar­rête d’idéa­li­ser une époque où « tout était plus simple » mais que je ne connais même pas. Je suis fier d’être né à l’aube du nouveau millé­naire !!
[I] Et si je t’of­frais la possi­bi­lité de voya­ger dans le temps ? Une petite Delo­rean discrète tombée du camion, tu en ferais quoi ?
[B] Je m’en servi­rai de déco­ra­tion parce-que c’est beau­coup trop classe !!! Ha et puis pour assis­ter aux concerts mythiques : Live Aid, Wood­stock, etc.
[I] Le mec vivrait avec une Delo­rean dans son salon comme meuble télé, c’est un choix ! Et enfin, qu’est-ce qui te fait rugir comme un petit T-Rex dans Direc­tors ?
[B] Le côté spon­tané, très libre, dyna­mique qui offre un panel immense de possi­bi­li­tés. Mais surtout ce format me permet de travailler la direc­tion d’im­pro où je suis encore très peu à l’aise ! Ce format nous offre aussi à tous la possi­bi­lité de prendre un regard critique détaillé sur une impro et donc de déve­lop­per notre sens de la scène !
[I] Magni­fique, je retire ce que je disais sur la Team Comm’, je vais t’ins­crire en poli­tique ! (rires) Tu as un réali­sa­teur (ou metteur en scène) préféré, un qui t’ins­pire ?
[B] Je n’en connais pas beau­coup mais je suis fasciné par François Ozon (Frantz, Huit Femmes, Potiche, Dans la Maison, etc.) ! Moi qui ne suis pas très films français, j’adore la beauté des films d’Ozon. Les person­nages sont recher­chés, les rela­tions déve­lop­pées, c’est très touchant parce qu’on sent que c’est écrit avec le cœur. C’est doux et à la fois brutal, ça vous immerge dans un univers bien parti­cu­lier, on est coupé du monde réel, c’est beau, c’est boule­ver­sant, c’est intense, bref on n’en ressort pas indemne !

Benjamin Caume Lyon Improvisation Impro Comptoir Imaginaire
Photo réali­­­­sée par Julien Emma­­­­nuel

[I] Y a un de ces rôles que t’au­rais aimé jouer ?
[B] Le rôle prin­ci­pal de Frantz, joué par Pierre Niney (mon idole <3). C’est le rôle d’un français qui ne revient pas indemne de la première guerre mondiale …
[I] J’ai­me­rais bien voir ce remake ! Bon et entre nous, si tu devais choi­sir un seul de ces trois concepts, ce serait lequel ? Promis je le garde pour moi !
[B] Bien sûr et moi j’ai des abdos. (rires) Sans blague, le Et Si ! J’adore racon­ter de jolies histoires, alors dans un monde imagi­naire c’est encore plus mieux !! Un Et Si (s’il est réussi) c’est un moment magique hors du temps où l’on visite tous ensemble un nouvel endroit inex­ploré !
[I] Allez, dernière ques­tion sérieuse après j’ar­rête de t’em­bê­ter, c’est quoi tes envies du moment en impro ?
[B] J’ai envie de reprendre un peu toutes les bases, de les appro­fon­dir, de me rappe­ler ce que je sais faire en impro, faire l’in­ven­taire et le nettoyage de mes outils d’im­pro­vi­sa­teurs pour savoir quoi comman­der au père Noël comme prochain outil !
[I] Excellent, je ne pouvais pas partir sans une de tes célèbres méta­phores ! Un petit mot pour la fin, une réso­lu­tion pour 2019 ?
[B] Rester proche de mes amis, et puisqu’il est ques­tion du Comp­toir de l’Ima­gi­naire, mettre un peu plus d’éner­gie dans cette troupe. D’une façon plus globale retrou­ver de la moti­va­tion pour apprendre en impro !
[I] Je ne doute pas que tu y arrives ! Sur ce, je te remer­cie pour ce moment, j’ai passé une très agréable inter­view, je te dis à bien­tôt et T-Rex Powaaa !
[B] Ciao Bellot (hihi (lol))

A peine l’in­ter­view termi­née, Benja­min Caume court vers les tram­po­lines en riant. Sa joie de vivre m’a redonné le sourire et l’éner­gie néces­saire pour pour­suivre ma tour­née. J’at­trape une trot­ti­nette élec­trique et file vers le soleil couchant en chan­tant “I’m a poor lone­some hips­ter”. Direc­tion mon prochain rendez-vous.