Clément Bellot

Aujourd’­hui j’ai rendez-vous chez Clément Bellot pour pour­suivre ma série d’in­ter­view des membres du Comp­toir de l’Ima­gi­naire. Tel le dandy qu’il est, il m’ouvre en costume de tweed, un foulard en guise de cravate et canne à pommeau.

Clément Bellot Lyon Improvisation Impro Comptoir Imaginaire
Photo réali­­sée par Julien Emma­­nuel (inspiré par Thomas O’Brien)

[I] Bonjour Bellot, comment ça va ?
[B] Alors déjà tu me tutoies pas, tu es un pseudo-jour­na­liste, on a pas gardé les cochons ensemble. Nanmého, hein, ça va bien, le profi­ling et tout et tout, genre tu sais où j’ha­bite et quelle marque de slips je porte, et ça y est on est poteaux. Je ne serai pas une victime de votre système. Alors tu vas faire ça bien, tu prends deux minutes, tu me payes un café, ou du thé sinon j’ai mal à la tête, on discu­tera ensemble, tu me parle­ras un peu de toi, de comment ça fait de rencon­trer plein de monde, tout ça, on rigo­lera, on oubliera un instant la vicis­si­tude de nos quoti­diens autour de ces instants volés à la nuit et si ça se passe bien tu pour­ras me raccom­pa­gner chez moi, peut être on passera la nuit ensemble, ça dépend, en tout cas je ne couche pas le premier soir, tu dors pas avec les pieds qui sortent du fond lit j’es­père, au fait mes slips c’est du Undiz, ils me font –10% sur les prochains achats si je le mentionne à deux copains, et comme on est plus copains main­te­nant, je pense que ça compte. Prends des pantoufles, le sol est froid, oh tu as ramené les crois­sants, c’est gentil, ah tu dois filer, tu es un jour­na­liste très occupé, pas de soucis. On se revoit bien­tôt de toute façon, tiens prends mon num, je sors pas te raccom­pa­gner je suis en peignoir. Au revoir inter­vie­weur, c’était une bonne soirée, quel chic type ce gars quand même, on croi­rait pas comme ça mais il est très sensible ce type. Bon j’en étais où moi… Ah oui, répondre à ta ques­tion, ça va très bien merci.
[I] Bon … très bien. Euh sinon ta première scène c’était quoi  
[B] De tous temps l’im­pro a été une disci­pline tour­nant de plus en plus autour de théma­tiques struc­tu­rantes et fortes, comme les enjeux socié­taux, la mixité sociale et le Clément Bellot. Le courant Clément Bellot a commencé il y a envi­ron huit ans lors de ces évène­ments théâ­traux de l’INSA de Lyon (pléo­nasme) nommés le « Match des Petits ». C’est là qu’une révé­la­tion aura lieu pour le plan­cher de la Rotonde : Elle l’avait déjà vu. Cette espèce d’in­di­vidu chevelu (si,si, il y a des photos qui le prouvent) descen­dait du courant alter­na­tif Ragdaesque, dans lequel il avait parti­cipé à des sketches de remplis­sage entre deux scènes de danse. Dès ce jour appa­raî­tra la dualité Clément théâ­treux, Bellot Impro, carac­té­ri­sée par une capil­la­rité décli­nante inver­se­ment propor­tion­nelle à son expé­rience de la scène. Mon coif­feur m’a dit d’ar­rê­ter. Il m’a dit que c’était foutu. Foutu pour foutu, je conti­nue.

Clément Bellot Lyon Improvisation Impro Comptoir Imaginaire
Photo réali­­­­sée par Julien Emma­­­­nuel au Point Nommé

[I] Puisses-tu un jour être chauve alors. Comment ça t’es venu de te mettre à l’im­pro ?
[B] J’ai squatté. J’ai squatté des matchs pour l’orga, le bureau pour les points Pigeon ™, puis les ateliers pour voir les vieux de l’im­pro, puis un jour je me suis dit qu’il fallait que je m’y mette. Paf je me suis mis. Non, vous garde­rez pas ça dans la version finale. Je m’y suis mis. C’est mieux, c’est plus tout public. Je ne sais pas, ça semblait rigolo, mes copains étaient dedans, j’avais déjà fait un peu de scène, et puis je me suis surtout rendu compte que j’ado­rais la scène lors de mes premières expé­riences. Du coup j’y suis retourné pour voir. Ça fait six ans et je conti­nue. Il y a des spec­tacles avec, des spec­tacles sans, mais je m’amuse toujours autant.
[I] Et le Comp­toir de l’Ima­gi­naire dans tout ça ?
[B] C’est amusant cette troupe. C’est à la fois la conti­nuité des copains de l’INSA de l’im­pro, et à la fois pas du tout parce qu’on a pas forcé­ment fait impro ensemble. C’est à la fois un groupe relax amateur, et une troupe qui est suffi­sam­ment sur la même longueur d’onde pour avoir un poten­tiel de folie. C’est du poten­tiel en cours de réali­sa­tion en tout cas, au fur et à mesure qu’on découvre les salles, les autres impro­vi­sa­teurs lyon­nais, nos spec­tacles, etc. Et qu’on devient meilleurs aussi. Parce que sans exagé­rer, on progresse pas mal.
[I] Et pour­tant vos spec­tacles sont déjà très sympas ! D’ailleurs si on commençait à parler des spec­tacles ? Qu’est-ce que tu aimes dans Et Si ?
[B] La morale. Le reflet du monde qu’on renvoie quand le spec­tacle est réussi, le fait que ça puisse ouvrir à des discus­sions. Le fait que le spec­tacle soit complé­te­ment barré en termes de prin­cipe : si pour le public des propo­si­tions semblent connes, c’est proba­ble­ment aussi con à jouer pour nous. Et ça marche bien. Il a un poten­tiel de fou à partir de ces ingré­dients simples.
[I] Il y a un Et Si que tu voudrais propo­ser ?
[B] Et si l’écri­ture n’avait jamais été inven­tée est LE « Et Si » de folie avec une propo­si­tion qui boule­verse tout. Pour moi quand on aura joué celui ci en le réus­sis­sant on pourra arrê­ter le concept.
[I] Mais si c’est le dernier ça va être triste [snif] bon passons. Qu’est-ce que tu aimes dans Time­line ?
[B] Pouvoir jouer des choses précises. Le senti­ment d’avoir un « plan­cher » par rapport aux chutes libres que tu t’im­poses en impro sur un format complè­te­ment libre. Pouvoir être précis. Pouvoir faire croire en l’époque. La variété des spec­tacles possibles.

Clément Bellot Lyon Improvisation Impro Comptoir Imaginaire
Photo réali­­sée par Julien Emma­­nuel

[I] Est-ce qu’il y a une époque qui te passionne parti­cu­liè­re­ment ?
[B] En vrai en y réflé­chis­sant dix secondes, non. Toutes les époques m’in­té­ressent car je suis une bille abso­lue en histoire, et le concept permet de retrou­ver plein de pépites d’in­for­ma­tion rigo­lotes sur l’époque qu’on aurait jamais réali­sés sinon.
[I] Et tu aurais aimé y vivre ?
[B] Moyen Age : Vous êtes mort de la peste noire.
Renais­sance : Vous êtes mort d’une infec­tion d’une bles­sure de duel.
Préhis­toire : Vous êtes mort écrasé par un caca de mammouth.
Grèce antique : Vous êtes mort tué par un spar­tiate. Ca vous appren­dra à être un métèque. Sale métèque.
18ème siècle : Vous êtes mort dans une explo­sion de gaz minier. COUP DE GRISOU !

Dans l’en­semble je ne suis pas assez doué de mes dix doigts pour avoir eu une espé­rance de vie de plus de quinze ans dans toute autre époque que le 21ème siècle je pense.
[I] Qu’est-ce que tu aimes parti­cu­liè­re­ment dans votre troi­sième et dernier format : Direc­tors
[B] Avoir un chapeau.
[I] As-tu un réali­sa­teur préféré, un qui t’ins­pire ?
[B] Edgar Wright. Edgar. Motherf**ing. Wright. Cet homme est un génie. Sa réali­sa­tion raconte dix fois ce que ses person­nages racontent. Il est drôle. Il a une vision et un décou­page qui ampli­fient et paro­dient les codes des films qu’il reprend. Et c’est intel­li­gent.
Les scènes de plani­fi­ca­tion dans Shaun of the Dead, la fusillade de Hot Fuzz, la scène d’ou­ver­ture de Baby Driver. Whate­ver. J’adore ce type.
[I] Et t’au­rais aimé jouer un de ces rôles ?
[B] Non. Par contre, j’au­rais adoré voir à quoi ressemble une jour­née de tour­nage avec Edgar Wright.
[I] Bon et entre nous, si tu devais choi­sir un seul de ces trois concepts, ce serait lequel ?
[B] Non, c’est mort. On a choisi de faire ces trois concepts parce qu’ils travaillaient diffé­rents aspects de l’im­pro et j’avais envie de tous les explo­rer. Je ne me choi­sis pas un doigt préféré de ma main droite.
[I] Non mais il faut répondre à mes ques­tions sinon on va pas s’en sortir
[B] Le majeur. Mais chuuuuuuuuuuut.
[I] Et bien merci Bellot pour cette infor­ma­tion sensible qui saura ravir les plus fervents admi­ra­teurs du Comp­toir de l’Ima­gi­naire. Un petit mot pour conclure ?
[B] Poireau !

C’est sur ce mot fina­le­ment énig­ma­tique que je quitte Clément. Je range mon cale­pin, remonte mon col et file dans la froi­dure exté­rieure à la rencontre de mon prochain impro­vi­sa­teur qui sera peut-être cette fois une impro­vi­sa­trice.