Emma Genoux

Me voilà à l’adresse suivante, je toque à la porte de l’ap­par­te­ment plusieurs fois avant d’en­tendre plusieurs jurons, du remue-ménage et des bruits d’as­pi­ra­teur. Quelques 15 minutes plus tard, le battant s’ouvre sur Emma Genoux, sublime figure blonde à l’air sévère qui m’in­vite à entrer. Elle m’in­time à l’ap­pe­ler Bibou mais je n’ose, impres­sionné.

Emma Genoux Lyon Improvisation Impro Comptoir Imaginaire
Photo réali­­­sée par Julien Emma­­­nuel (inspiré par Thomas O’Brien)

[I] Bonjour madame Emma, made­moi­selle, je ne sais pas, vous êtes mariée, euh, comment allez-vous ?
[E] Salut Salut ! Ben écoute on est dimanche, c’est pas commun pour une inter­view mais bon, je me réveille de ma sieste, en mode posée. Je me suis dit que c’était le moment de répondre à toutes tes ques­tions … Et toi ça va ?
[I] Ah euh, on se tutoie ? D’ac­cord, désolé pour le dimanche, pardon, je digresse, tu, vous, tu as l’air d’avoir commencé la scène il y a long­temps, non pas que je dise que vous êtes vieille hein, c’est pas ça que je veux dire, vous, tu sembles douée, c’était quoi ta première expé­rience
[E] … Pardon ?
[I] (rougit) Euh, sur scène je veux dire, c’était ma ques­tion.
[E] Et bien ma première scène remonte à très très loin.. J’ai long­temps fait de la danse modern jazz et du rock acro­ba­tique. Et ma première scène était donc mon premier gala de danse devant 1500 personnes, j’avais 4 ans. Je me souviens juste être entrée sur scène habillée d’un tutu rose, d’une veste en simili cuir et des petits chaus­sons de danse sur la musique de Brigitte Bardot « Harley David­son ». Je me rappelle être éblouie par les projec­teurs mais pas inti­mi­dée par toutes ces personnes assises à me regar­der (c’était un solo), je mimais une moto et je jouais une petite blonde qui part sur sa moto et qui fait des pas de danses que l’on m’avait appris. Le souve­nir que j’ai était que j’étais vrai­ment contente et qu’il ne fallait pas que je tombe de ma moto imagi­naire.
[I] Vous aviez déjà un tel dévoue­ment pour la scène ? Waouh, et comment ça vous a, ça t’a amenée à l’im­pro ?
[E] Ma première scène était moitié impro­vi­sée et moitié choré­gra­phié mais j’ai beau­coup fait de spec­tacles de pièces de théâtre où j’avais le rôle prin­ci­pal en primaire. Les deux qui m’ont le plus marquée était une où je jouais une prin­cesse au temps du moyen-âge qui devait expliquer sa vie à l’époque à travers toutes les classes de mon école et une autre où j’étais plus âgée (10 ans) où je jouais une petite fille qui parcourt le monde avec une envie pleine de décou­vrir les cultures de chacun. J’ai aussi énor­mé­ment fait des pièces de théâtre impro­vi­sées lors de fêtes de famille qui faisaient toujours un carton. On montait ça en 5min et on jouait une scène de 15 à 30 min devant nos parents. J’ai toujours eu énor­mé­ment d’ima­gi­na­tion, même si je n’ai pas pratiqué de théâtre pendant ma période collège et lycée j’ado­rais inven­ter des histoires pour diver­tir mes amis. Je mêlais pleins de faits et ils m’écou­taient atten­ti­ve­ment comme un enfant adore qu’on lui lise son histoire le soir. J’ai vrai­ment décou­vert le théâtre impro­visé en études supé­rieures en allant voir un spec­tacle de la TTI [ndlr : Troupe Théâ­trale de l’INSA] et je me suis dit : « mais c’est ce que j’ai toujours fait alors pourquoi pas moi ? ».

Emma Genoux Lyon Improvisation Impro Comptoir Imaginaire
Photo réali­­­­sée par Julien Emma­­­­nuel au Point Nommé

[I] Et je ne me lasse pas à t’écou­ter, un vrai talent de conteuse ! Du coup ça ne m’étonne pas vrai­ment de te retrou­ver dans une troupe inti­tu­lée le Comp­toir de l’Ima­gi­naire ! Qu’est-ce qu’elle repré­sente pour toi ?
[E] Pour moi c’est d’abord la troupe de l’ami­tié. Parce que c’est une troupe où je me sens bien, où on est tous copains et où l’on joue depuis plusieurs années ensembles. C’est comme l’évo­lu­tion de la vie. On démarre on nous apprend les bases, on passe la puberté et là on se dit qu’on veut une troupe plus mature qui nous ressemble tous. Ce que j’adore en plus c’est que l’on est à la fois tous complé­men­taires et on se ressemble aussi beau­coup. On a tous nos envies diffé­rentes mais on se connait et on sait être bien­veillants envers les autres et avan­cer ensemble. On a des idées folles mais on peut être sûr que chacun nous suivra dans notre imagi­naire, et on s’en­vole un peu tous avec notre pous­sière de fée vers le pays imagi­naire pour oublier les malheurs de la vie quoti­dienne. Bref, j’aime cette troupe.
[I] Moi aussi je t’ai… je les aime. Je les aime. Euh, on va parler concepts main­te­nant. Qu’est-ce que tu aimes parti­cu­liè­re­ment dans Et Si ?
[E] Depuis toujours j’aime refaire le monde et m’ima­gi­ner un monde diffé­rent. Comme si je pouvais remon­ter dans le temps, chan­ger un événe­ment et reve­nir en voir les consé­quences. Petite, je m’ima­gi­nais toutes les réali­tés paral­lèles qu’on aurait. Alors pour moi c’est un des meilleurs concepts que j’ai joué. J’aime aussi jouer des Et si complè­te­ment farfe­lus qui n’ont rien à voir avec l’His­toire en elle-même, ça nous emmène souvent dans des impros auxquelles on n’au­rait jamais pensé.
[I] Une héroïne dans l’âme ! Et si tu devais propo­ser un Et si ce serait quoi et pourquoi ?
[E] Je préfère les Et si avec un chan­ge­ment dans l’His­toire. A l’école je n’étais pas une grande passion­née d’his­toire (la matière), mais je pense que ça venait de la façon dont on nous l’en­sei­gnait qui ne m’al­lait pas. Par contre j’ai toujours été passion­née par des périodes histo­riques : la période de Jeanne d’Arc, la Seconde Guerre Mondiale et toute la période à partir de la moitié du 19ème siècle jusqu’à aujourd’­hui, avec toutes les inven­tions (que ce soit en méde­cine, en avia­tion, en sciences, etc). Donc, ayant déjà joué un Et si sur la Seconde Guerre Mondiale, je dirais : Et si Jeanne d’Arc n’avait pas fini sur le bûcher ?
[I] Vu ton amour pour l’His­toire avec un grand H, j’ima­gine que tu t’éclates sur Time­line ?
[E] Complé­te­ment ! J’au­rais voulu avoir une machine à voya­ger dans le temps ! D’ailleurs petite j’avais essayé d’en fabriquer une. J’au­rais peut être dû faire ingé­nieure en fait pour pouvoir la réali­ser réel­le­ment. Enfin bref. Time­line est pour moi l’oc­ca­sion de créer ce voyage. On peut ainsi créer notre histoire et voir comment on aurait vécu à cette période. Ça reste de notre imagi­naire, mais le fait que l’on se docu­mente avant fait que l’on amène un peu plus de vrai dedans. J’ai­me­rais bien expé­ri­men­ter un Time­line en costumes d’époques et avec des décors ; ça aide­rait à se porter encore plus dans cette période.
[I] Et parmi toute l’His­toire, il y a une époque qui te plaît plus que les autres ?
[E] Si je dois en rete­nir une c’est la Seconde Guerre Mondiale. Je savais à peine parler que je ques­tion­nais déjà mes grands-parents sur cette époque, comment ils avaient vécu leur enfance, ce qu’ils ne pouvaient pas faire. Et j’étais fasci­née quand ils me racon­taient ce que leurs parents avaient fait pour aider des personnes à survivre ou comment même mes arrières-grands parents avaient réussi à échap­per aux « méchants ». J’ai lu énor­mé­ment de livres sur cette époque, et j’en lis encore aujourd’­hui. J’ai assisté à de nombreux témoi­gnages de résis­tants ou de personnes ayant été dépor­tées. En plus j’ai toujours vécu proche de Lyon, donc on nous parlait dès l’école des endroits où les résis­tants se retrou­vaient, que ce soit dans nos campagnes ou dans la ville même. Je me souviens avoir eu très tôt ce senti­ment d’injus­tice face à toute cette into­lé­rance, senti­ment qui me pour­suit encore aujourd’­hui. C’est une période qui m’af­fecte énor­mé­ment.
[I] J’au­rais aimé te deman­der si tu aurais voulu y vivre mais je me doute de la réponse.
[E] C’est pas si simple en fait. J’ai le senti­ment d’y avoir vécu à travers les témoi­gnages de mes grands-parents, mais c’est une période horrible où il s’est passé des choses terribles tout de même. Et comme dirait Jean-Jacques Gold­man dans sa chan­son « On saura jamais c’qu’on a vrai­ment dans nos ventres, cachés derrière nos appa­rences, l’âme d’un brave ou d’un complice ou d’un bour­reau ? »
[I] C’est une bonne réflexion, quelque part je crois que j’es­père ne jamais avoir à choi­sir un camp. (silence) Il nous reste un format à abor­der, le petit nouveau, Direc­tors, tu en dis quoi ?
[E] Lâcher prise. Comme je l’ai dit avant j’ai toujours aimé inven­ter et écrire des histoires. Ce format nous permet de sortir un peu de ça et de faire des impros de 10 sec à un temps indé­fini. En tant que réal, on peut passer du coq à l’âne à chaque impro : repar­ler de notre jour­née qui nous a boule­versé ou au contraire propo­ser des trucs farfe­lus pour nous faire rire. Et en tant que joueurs on se laisse guider par le réal ce qui est aussi très plai­sant.

Emma Genoux Lyon Improvisation Impro Comptoir Imaginaire
Photo réali­­­sée par Julien Emma­­­nuel

[I] Tant qu’on parle de réal, tu en as un préféré ?
[E] Non, je peux plus dire que j’aime deux styles de film : les films inspi­rés de faits réels (ça peut aller de Tita­nic à The Help en passant par Nous 3 ou rien) et les films à gros suspense type horreur. En fait j’aime ressen­tir de fortes émotions que ce soit de l’an­goisse, de la tris­tesse à en pleu­rer ou encore de l’amour et du rire. Je suis très très diffi­cile à convaincre niveau filmo­gra­phie. Après je me laisse plus faci­le­ment distraire par des séries, peut être aussi parce que l’his­toire est plus déve­lop­pée et plus éten­due. On a le temps de se lais­ser empor­ter dans leur imagi­naire. Je pense notam­ment à deux séries en parti­cu­lier qui n’ont rien à voir mais que j’ai aimé par leur produc­tion et la morale qu’elles dégagent : Sense 8 et Time­less. Et pour finir j’avoue­rai aussi que j’ai toujours une part d’en­fant en moi qui est passion­née par les Disney et Pixar. Mais bon ça je crois que ce n’est un secret pour personne.
[I] C’était encore un secret pour moi ! Je note ! Et dans tous ces films, tu aurais aimé jouer un rôle ?
[E] Oh oui, j’ai­me­rais jouer un rôle où le public passe­rait par pleins d’émo­tions et en ressor­ti­rait scot­ché à la fin par l’his­toire. Pas forcé­ment par ma pres­ta­tion, mais vrai­ment par l’his­toire racon­tée et les senti­ments ressen­tis qui boule­versent tout le monde.
[I] Je suis certain que tu en es capable ! J’ai entendu parler d’un trai­ning où tu as commencé une histoire qui a fait pleu­rer tout le monde !
[E] Merci ! C’était un travail de groupe mais j’avais telle­ment adoré que tout le monde pour­suive mon histoire comme je l’avais commen­cée …
[I] Bon et entre nous, je peux dire entre nous ? Hum, si tu devais choi­sir un seul de ces trois concepts, ce serait lequel ?
[E] Clai­re­ment, sans aucune hési­ta­tion : Et si. Mais je crois que c’était déjà clair avant. Non ? Bon en résumé, mélan­ger Histoire et histoire, qui influent sur notre vie d’aujourd’­hui : j’adore.
[I] Un bel écrit même à l’oral, déci­dé­ment ! J’ai l’im­pres­sion que le feeling passe bien entre nous, tu me donne­rais une petite exclu sur tes ambi­tions futures ?
[E] Mes envies du moment sont musi­cales. J’ai­me­rais qu’on lie musique et impro. J’aime le fait de se lais­ser guider et inspi­rer par la musique. Elle peut être impro­vi­sée et évoluer avec le person­nage que l’on crée. Comme ça peut être une chan­son connue choi­sie par notre régis­seur où l’on crée­rait le clip en direct, après on pour­rait inno­ver et faire des sortes de mash up avec pleins de chan­sons et voir ce que ça donne­rait en image. J’ai déjà mené un début de ces deux genres de concepts mais j’ai­me­rais conti­nuer et les déve­lop­per. Et surtout j’ai­me­rai les jouer.
[I] Merci pour cette confi­dence ! Si je peux abuser, une réso­lu­tion pour 2019 ?
[E] Trou­ver des nouveaux # pour notre compte insta­gram, je trouve qu’il n’y en a pas assez …
[I] C’est donc toi qui se cache derrière le compte Insta ! Scoop ! (rires) Merci beau­coup pour ce moment Emma, non, allez soyons fous, merci Bibou, ça y est je l’ai dit !
[E] Bisous poutous, c’était un plai­sir ! A l’an­née prochaine sûre­ment, mais comme t’es sympa on se verra avant parce que tu vas venir nous voir à nos spec­tacles 🙂

Passionné et subju­gué, le rouge aux joues, je quitte l’im­meuble pour les rues glaciales de Lyon, cepen­dant réchauffé par ce moment de partage. En reli­sant mes notes je me demande ce que me réser­vera le prochain membre du Comp­toir, aura-t-il autant de classe ?