Mari­lou Stevant

Après avoir poussé la trot­ti­nette élec­trique sur 200 mètres en maudis­sant l’in­gé­nieur qui a eu l’idée de conce­voir ces trot­ti­nettes de plus de 15kg, j’ar­rive fina­le­ment à desti­na­tion. Il s’agit d’un théâtre avec un lit sur la scène, entouré de tancar­villes où sèchent des monceaux de vête­ments noirs. Le sol est recou­vert de livres sur les tech­niques de jeu et l’im­pro­vi­sa­tion, à l’ex­cep­tion d’un cercle au centre duquel se trouve une impro­vi­sa­trice qui enlace une peluche Totoro en lisant un livre.

Marilou Stevant Lyon Improvisation Impro Comptoir Imaginaire
Photo réali­­sée par Julien Emma­­nuel (inspiré par Thomas O’Brien)

[I] Bonjour Mari­lou, ça va ? Je ne te dérange pas ?
[M] Oui oui ça va, j’ai un peu froid mais sinon tout va bien.
[I] Alors va prendre une petite couver­ture car toi et moi on va pas mal discu­ter. Dis donc, ça à l’air de faire partie de ta vie le théâtre aujourd’­hui. Ça a commencé quand ?
[M] [rire gêné] héééé, ma première scène c’était en juin 2007. J’avais commencé le théâtre depuis un an et on jouait Taram et le chau­dron magique… J’avais un double rôle, Ablène je crois et la Sorcière n°3. Je me souviens qu’à la base je voulais jouer un elfe. Et je me souviens aussi qu’on a passé un temps fou sur la première scène parce que la prof me disait que si j’étais pas bien, les gens allaient s’en­dor­mir. Enfin bref, le tout a été filmé #yadu­doss histoire que j’ou­blie jamais ça ! J’ai­me­rais bien savoir ce que mes parents en ont VRAIMENT pensé tu sais ? Pas le « waouh ma chérie, c’était super tu joues très bien » mais plutôt le « fran­che­ment ? C’était tout pourri. »
[I] Il faudra que je mette la main sur cette vidéo …
[M] Quoi ?
[I] J’ai rien dit. De Taram à l’im­pro, le chemin est plutôt long non ?
[M] En fait, quand je suis arrivé à Lyon pour les études en 2010, j’ai décou­vert que l’im­pro était une disci­pline artis­tique à part entière. J’ai­mais bien les exer­cices d’im­pro qu’on faisait en atelier de théâtre mais je pensais pas qu’on pouvait en faire des spec­tacles. Et puis un ami rencon­tré à l’école m’a dit « allez viens on est bien » et j’ai dit « ok ». Il m’a suffit d’un atelier et d’un spec­tacle pour me décou­vrir une toute nouvelle passion.
[I] C’est fou que cette catch-phrase ait fonc­tionné … Et au Comp­toir de l’Ima­gi­naire, on est bien ?
[M] Carré­ment oui. Cette troupe c’est un pas en avant. Cette troupe c’est nous qui l’avons créée pour choi­sir notre propre chemin, conti­nuer à faire de l’im­pro ensemble, aller plus loin dans notre pratique.  
[I] Et ben il semble que vous l’ai­miez tous cette troupe. Qu’est-ce que tu aimes parti­cu­liè­re­ment dans Et Si ?
[M] Je pour­rais parler des heures de Et Si ? Ce concept je le consi­dère un peu comme mon bébé. A l’ori­gine, le but c’était d’ex­plo­rer la créa­tion d’uni­vers en live à partir d’une sugges­tion du public, c’est comme ça qu’est né le format. Ce que j’aime parti­cu­liè­re­ment dedans c’est deux choses : cette première phase où on crée l’uni­vers, comment il fonc­tionne, quelles en sont les règles, les mœurs, les limites ; et le fait qu’il permette d’abor­der des sujets très actuels à travers le prisme de ce monde un peu décalé.
[I] En tout cas, merci de ne pas en avoir parlé pendant une heure … Si tu devais propo­ser un Et si ce serait quoi ?
[M] Ah, tu me poses une colle là. Hum… Je me souviens d’un Et si que j’ai entendu une fois en début de spec­tacle et que j’au­rai adoré jouer : « Et si Jésus avait été une femme ? ». J’au­rai adoré réflé­chir avec le public aux consé­quences que ça aurait pu avoir sur notre société actuelle, et je me serai beau­coup amusée à jouer avec cet univers.
[I] Pas mal, mais vous l’avez pas joué ?
[M] Non on a choisi de jouer et si les pingouins domi­naient le monde.
[I] A oui ça n’a pas la même portée …

Marilou Stevant Lyon Improvisation Impro Comptoir Imaginaire
Photo réali­­­­­sée par Julien Emma­­­­­nuel au Point Nommé

[I] Deuxième format, Time­line, qu’est-ce que tu aimes parti­cu­liè­re­ment dans Time­line ?
[M] Tout. Autant la phase de recherches où on emma­ga­sine un paquet de connais­sances sur l’époque choi­sie que le spec­tacle le soir-même. C’est un bonheur de pouvoir jouer un format long « histo­rique » sans avoir peur de racon­ter des bêtises à chaque fois qu’on ouvre la bouche, c’est d’au­tant plus génial qu’on peut vrai­ment être spéci­fique sur les lieux, les inven­tions, les coutu­mes… Dans la limite de notre mémoire bien sûr ! Quelque chose que j’aime parti­cu­liè­re­ment dans Time­line (oui je sais c’était la ques­tion de base) c’est l’ou­ver­ture à base de narra­tion et d’une BO de film choi­sie par le public. Je la trouve forte et poétique.
[I] Est-ce qu’il y a une époque histo­rique qui te passionne parti­cu­liè­re­ment ?
[M] L’An­tiquité grecque est une période qui m’a toujours fasci­née, notam­ment pour sa mytho­lo­gie. Une période sur laquelle j’ai­me­rais plus en apprendre c’est l’ère médié­vale japo­naise, je ne m’y connais pas bien mais le peu que je sais me donne envie d’y passer plus de temps.
[I] Et tu aurais aimé vivre dans l’une ou l’autre ?
[M] Non ! C’est cash mais je crois que pour une nana c’était pas très enviable dans les deux cas.
[I] C’est pas faux. Troi­sième et dernier format : qu’est-ce que tu aimes parti­cu­liè­re­ment dans Direc­tors ?
[M] Direc­tors laisse libre cours à nos univers et à nos folies. Direc­tors c’est être à l’écoute de la scène et de ses parte­naires de jeu.
[I] As-tu un réali­sa­teur préféré ?
[M] Sans hési­ter, Tim Burton. C’est le premier réali­sa­teur qui m’a marquée et dont j’ai retenu le nom. C’est le premier réali­sa­teur pour lequel je me suis dit « c’est du Burton ? Alors je vais aller voir ce film ». J’aime son univers entre le fantas­tique, le sombre et le merveilleux. Et surtout j’aime l’es­thé­tique de ses films. Une scène de film en parti­cu­lier qui m’a marquée, pour le coup, ce n’est pas du Burton, c’est du Luc Besson, je pense à cette séquence du Cinquième élément qui alterne une scène de combat et le chant de la canta­trice extra­ter­restre, les fris­sons !
[I] Aaah la scène de la “Diva Dance” … T’au­rais aimé jouer Leeloo ?
[M] Je crois que j’au­rai plutôt aimé jouer dans Swee­ney Todd, ou peut-être que c’est juste que j’ai­me­rais vrai­ment donner la réplique à Johnny Depp [rires]
[I] Je suis sûre que tu t’en serais bien sortie.
[M] Pour le savoir y a plus qu’à tester !

Marilou Stevant Lyon Improvisation Impro Comptoir Imaginaire
Photo réali­­­sée par Julien Emma­­­nuel

[I] Ok je passe un coup de fil à Tim pour son prochain film. Et entre nous, si tu devais choi­sir un seul de ces trois concepts, ce serait lequel ?
[M] Et si, sans hési­ter. Il est né d’une envie très person­nelle de créer des univers en live et je trouve que c’est un format qui a énor­mé­ment de poten­tiel. J’ai­me­rais vrai­ment pouvoir passer plus de temps à le travailler et à le jouer.
[I] Allez, dernière ques­tion sérieuse après j’ar­rête de t’em­bê­ter, c’est quoi tes envies du moment en impro ?
[M] J’ai envie de travailler plus à fond la « mise dans l’am­biance », faire exis­ter un univers, un paysage, un lieu aux yeux des spec­ta­teurs. Si je devais faire un format de cette envie, je parti­rai de la musique qui est selon moi une grande source d’ins­pi­ra­tion et d’émo­tions, et d’un travail autour du conte et de l’écri­ture.
[I] Et ben dis-donc il y a beau­coup d’en­vies de musique dans cette troupe ! Un petit mot pour la fin, une réso­lu­tion pour 2019 ?
[M] Faut savoir, tu veux l’un ou l’autre ? En vrai, ma grande réso­lu­tion de cette année ce serait de varier mon panel artis­tique, prendre (enfin) des cours de chant, de dessin, de danse, de musique, pour aller plus loin dans ces domaines et pourquoi pas m’en servir en impro ! [clin d’œil]
[I] Que de promesses, que de promesses !
[M] Main­te­nant il faut s’y tenir …

C’est sur cette pers­pec­tive pleine d’es­poir que je quitte ce théâtre et son habi­tante. Mari­lou m’in­dique la direc­tion à suivre pour rencon­trer l’avant dernier membre du Comp­toir de l’Ima­gi­naire. Ma troti­nette étant complè­te­ment à plat, je pars donc à pied comme un pauvre cita­din des années 2000.