Pier­rick Chau­vet

Dernier arrivé du Comp­toir et pas des moindres, je toque ce matin à la porte de Pier­rick Chau­vet (dit Ririck pour les intimes), régis­seur son et lumière offi­ciel de la troupe. Non comé­dien il n’en est pas moins impro­vi­sa­teur ; il préfère simple­ment à la lumière de la scène, une bois­son et la chaleur de son plaid bien installé dans sa régie. C’est d’ailleurs ainsi qu’il me reçoit chez lui pour cette inter­view.

Pierrick Chauvet Lyon Improvisation Impro Comptoir Imaginaire
Photo réali­sée par Julien Emma­nuel (inspiré par Thomas O’Brien)

[I] Bonjour Pier­rick, comment ça va ?
[P] Qu’est-ce que vous faites chez moi ?
[I] …
[P] Bon bah comme vous êtes déjà rentrés … Bonjour.
[I] Chouette ! Alors on va attaquer par une ques­tion clas­sique : ta première scène c’était quoi ?
[P] Oula, moi je vais pas sur scène, on pour­rait me voir ! Ma première régie c’était il y a trois ans et c’était de l’im­pro. Je savais pas trop quoi faire avec mes mains. J’ap­puyais un peu partout parce que je connais­sais pas le terrain, mais si ça criait en dessous c’est que j’avais fait une gaffe. Enfin on m’a dit que c’était bien pour une première fois, proba­ble­ment pour pas vexer mon ego.
[I] Les premières fois sont toujours mémo­rables ! Mais pourquoi commen­cer à faire de la régie sur de l’im­pro­vi­sa­tion ?
[P] Bah on m’a dit que c’était cool pour essayer au début et faire ses marques. Et j’ai bien aimé ça : les impro­vi­sa­teurs se donnent à fond, et au final on passe un bon moment sans trop de pres­sion ! [rires]
[I] Donc trois ans de régies avant d’in­té­grer la troupe. Qu’est-ce qu’elle repré­sente pour toi ?
[P] Alors je suis tout nouveau dans la troupe, on a eu quelques expé­riences ensemble aupa­ra­vant mais rien d’of­fi­ciel. Je suis content qu’on aie enfin une rela­tion sérieuse, et j’es­père que ça pourra durer. Pour moi c’est un groupe d’amis avec qui je suis content de parta­ger une soirée de temps en temps !
[I] Je suis sûr que c’est réci­proque. En tant que régis­seur de la troupe tu dois compo­ser avec les diffé­rents formats du Comp­toir. Qu’est-ce que tu penses d’Et Si ?
[P] « Et Si ? » est un format génial parce que je m’amuse à créer des ambiances parti­cu­lières, poser des lieux avec chacun un fond sonore et un éclai­rage carac­té­ris­tique. C’est super inté­res­sant de travailler sur ça pendant les premières scènes, cher­cher de l’ins­pi­ra­tion, et réus­sir à créer une concor­dance entre les scènes. La grande malé­dic­tion du régis­seur selon moi, c’est qu’on saura jamais si le public fait atten­tion à cela et si notre travail a été appré­cié à sa juste valeur… [verse une larme de sel]
[I] C’est telle­ment triste … mais main­te­nant ils y feront atten­tion, c’est certain. Si tu devais propo­ser un Et si ce serait quoi ?
[P] Sur le vif, je dirais « Et si le café était inter­dit en tant que drogue ? » Imagi­nez tous les quadra­gé­naires surme­nés qui devraient se rouler un arabica entre deux réunions ! Sans parler des hordes d’étu­diants qui rate­raient leurs partiels à cause du manque, du marché « noir » qui se mettrait en place pour dealer des grammes de poudre coupée à la terre, ou encore des mani­fes­ta­tions pleines d’ac­cros qui cassent les usines de choco­lat chaud la bave aux lèvres.
[I] Merci, je vais noter ça pour écrire mon prochain scénar’… Et si on devait parler de Time­line, qu’est-ce que tu en dirais ?
[P] Au risque de vous déce­voir, le format ressemble beau­coup à « Et Si » pour la régie … Enfin les cadres sont moins loufoques, et il y a même moyen de caser quelques réfé­rences sympa­thiques à l’époque en ques­tion.
[I] En parlant d’époque, est-ce qu’il y en une qui te passionne parti­cu­liè­re­ment ?
[P] Sans hési­ter, les années 20 ! L’am­biance de salon mondain post-trau­ma­tique, à la fois chic et malsaine, ça me botte ! Enfin c’est peut-être mon obses­sion pour Love­craft qui parle, mais son œuvre reflète bien les débuts du spiri­tisme et le senti­ment d’in­sé­cu­rité que la guerre a installé dans le cœur des gens … Enfin je crois j’étais pas là.

Pierrick Chauvet Lyon Improvisation Impro Comptoir Imaginaire
Photo réali­sée par Julien Emma­nuel (inspiré par Thomas O’Brien)

[I] Et tu aurais aimé y vivre ou non ?
[P] Bah non, les régis­seurs avaient pas de console numé­rique … ni même analo­gique ! Ils utili­saient quoi, des lampes à huile et des tourne-disques ? J’en ai froid dans le dos.
[I] Du coup si je trouve une Delo­rean sur Le bon coin …
[P] Ah mais on vous a menti, tentez pas le 90 miles par heure sur l’au­to­route vous allez juste vous faire flasher. Ou pire, renver­ser un gilet jaune en plein mariage.
[I] Zut, je me suis fait arnaquer alors ? Troi­sième format, le petit dernier, comme toi, qu’est-ce que tu aimes parti­cu­liè­re­ment dans Direc­tors ?
[P] Ah Direc­tors, c’est la porte ouverte à toutes les véran­das ! L’oc­ca­sion d’ex­plo­rer des univers très variés, de passer du coq à l’âne à tout va, c’est un vrai rafraî­chis­se­ment … Enfin du coup, c’est pas facile à mettre en son et lumière. Y’a un certain chal­lenge dans le fait d’ar­ri­ver à impro­vi­ser une ambiance à chaque chan­ge­ment de scène, et de s’adap­ter aux direc­tives du réal. Du coup c’est très sympa à faire, et on m’ac­corde quelques impro­vi­sa­tions un peu osées, alors je me prive pas!
[I] As-tu un réali­sa­teur préféré, qui t’ins­pire ?
[P] Quen­tin Dupieux. Je suis complè­te­ment fan de ses ovnis ciné­ma­to­gra­phiques, sa façon de ne rien se refu­ser dans ses œuvres et d’al­ler au bout de ses délires. Et on se sait jamais à quoi s’at­tendre, que ce soit avant, pendant ou même à la toute fin du film : un véri­table virtuose des retour­ne­ments de situa­tion, et de cerveau.
[I] Et t’au­rais aimé jouer un de ces rôles ?
[P] Je suis pas sûr que ma santé mentale aurait survécu au tour­nage … Mais quitte à finir dans un asile, autant que ce soit par sa faute.
[I] Allez, dernière ques­tion sérieuse après j’ar­rête de t’em­bê­ter, si tu devais créer un nouveau concept là tout de suite avec le Comp­toir, ce serait quoi
[P] Alors moi je trouve que les régis­seurs sont pas assez mis en valeur main­te­nant que vous le dîtes. C’est vrai quoi, tout en blanc et sans musique ils se retrou­ve­raient bien bêtes ! Alors mon concept : des impros diri­gées PAR le régis­seur! Voilà mon plan pour lais­ser débor­der mon éner­gie créa­trice ! Une musique langou­reuse ? Les impro­vi­sa­teurs se prennent dans les bras. Quand soudain PAF ! un coup de feu ! L’un d’eux meurt dans d’atroces souf­frances ! Une douche de lumière arrose le coupable et tous le dévi­sagent …
[I] Inté­res­sant ! Ce serait une bonne occa­sion de montrer au public la puis­sance d’une régie. Merci Pier­rick pour ce moment, je suis content de t’avoir mis en lumière le temps de cette inter­view [rires]
[P] J’ai aussi passé un bon moment, on peut se revoir si vous y tenez …

Malgré le confort du plaid et du canapé, je prends congé de Pier­rick qui me salue sur le pas de sa porte. J’es­père que vous en savez désor­mais plus sur cette figure de l’ombre. De mon côté, je reprends la route, bravant le froid, direc­tion le prochain impro­vi­sa­teur.